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L'église
d'Epiais-Rhus (d'après un article de Catherine Olivier paru dans la
revue "Vivre en Val d'Oise" en septembre 1996) :
Du haut de sa colline qui porte le village d'Epiais, l'église Notre-Dame de l‘Assomption, coiffée d'un clocher élégant, semble protéger de sa silhouette massive l'opulent grenier à blé qui s'étend à ses pieds. Presque entièrement construite au XVIe siècle, elle témoigne de la créativité des architectes de la Renaissance dans le Vexin
La situation privilégiée de l'église d'Epiais-Rhus n'a rien d'exceptionnel dans le Vexin français. Comme elle, l'église de Grisy-les-Plâtres, sa voisine, celles de Cléry-en-Vexin, de La Villetertre, de Montjavoult et de Chaumont-en-Vexin se voient et se reconnaissent de loin du haut de leurs villages-buttes. Pourtant, le promeneur qui, depuis la route de Livilliers, l'aperçoit, se sent étrangement attiré par cette Notre-Dame d'Epiais-Rhus, aussi dédiée à saint Didier, protecteur des jardiniers. Fêté le 23 mai, cet évêque-martyr de Langres, qui vécut en Haute-Marne au IVe siècle, est, selon un dicton populaire, promesse de fertilité et d'abondance
" Sème un haricot à la Saint-Didier, tu en récolteras tout un setier. " Epiais-Rhus ne vient-il pas du mot latin spicarium qui signifie "grange à épis " ?

Exception
faite du portail, construit au début du XVIIe siècle, l'église
d'Epiais-Rhus a été bâtie en pleine Renaissance sur l'emplacement d'un premier
édifice. On ignore tout de cette église primitive. Aucun vestige antérieur
au XVIe siècle, aucun document n'est resté. Comment est-elle tombée
en ruine? Ravages de la guerre de Cent Ans? Catastrophe naturelle? Incendie
ou vétusté? Il semble que l'on ait achevé de détruire ce qui subsistait en
vue de la reconstruction.
A partir de 1570, âge d'or de l'architecture Renaissance, la construction de Notre-Dame d'Epiais-Rhus durera une vingtaine d'années sous les règnes successifs de deux fils d'Henri II, Charles IX, puis Henri III, pour s'achever peu après l'avènement d'Henri IV. L'édifice est élevé d'un seul jet, en un seul style, ce qui lui confère une homogénéité parfaite, caractéristique exceptionnelle, car à la Renaissance, très peu d'églises sont reconstruites en totalité.
Une remarquable unité de style frappe le visiteur à la vue d'ensemble de l'édifice.
Le
plan en est simple, choeur polygonal, transept, nef et bas-côtés formant une
croix latine normalement orientée, c'est-à-dire avec le chevet à l'est. A
partir de là, simplicité et solidité ont présidé à la construction.
Le
clocher de l'église d'Epiais-Rhus comporte une tour et un dôme. C'est une
tour Renaissance classique, analogue à celle de Chars que le même Nicolas
Lemercier édifia un peu avant, en 1562. Cette dernière est pourtant plus austère
avec un aspect presque militaire. La tour d'Epiais-Rhus se termine par une
terrasse bordée d'une balustrade ajourée et surmontée d'un dôme couronné d'un
lanternon. Ce couronnement rappelle un peu, en miniature et en moins compliqué,
celui de Saint-Maclou que l'on doit au père de l'architecte (1552). L'influence
paternelle ne fait nul doute.
A remarquer, à la croisée du transept, la seule clef de voûte richement ornée, celle qui porte le blason des Montmorency, identifiable à ses aiglons. La présence du blason, à cet emplacement de choix, suffit, à elle seule, à accréditer la thèse selon laquelle les riches seigneurs de Montmorency seraient bien les commanditaires de la reconstruction de l'église. D'ailleurs, la taille imposante de l'édifice tout entier, nullement à l'échelle du village, prouve bien aussi qu'il a été élevé à la seule gloire de cette puissante famille.
L'élément
décoratif majeur de l'église d'Epiais-Rhus : la frise des apôtres et des évangélistes.
C'est une frise en haut-relief courant tout le long de l'entablement. La hardiesse
de cette mise en scène originale et si vivante est saisissante. Quatorze personnages
sont représentés en buste autour du Christ dissimulé derrière le retable.
Ils émergent à mi-corps, accoudés sur les éléments de la frise, tels des spectateurs
au balcon d'un théâtre. Leur présence autour du maître-autel renouvelle l'image
médiévale traditionnelle des apôtres qui, rassemblés aux portails des églises
gothiques, dans une attitude figée, assez conventionnelle, accueillaient les
fidèles. Ici, au contraire, ils semblent assister à un spectacle et participer
à l'office qui se déroule au-dessous d'eux. Aucune position, aucune attitude
n'est semblable. Chacun d'eux est caractérisé par l'instrument de son martyre
ou un symbole.
Ils se présentent du nord au sud, dans cet ordre : saint Marc écrivant, en
la compagnie du lion traditionnel, saint Jude avec une hache, saint Simon
avec la scie de son martyre, saint Barthélémy avec le couteau qui aurait servi
à l'écorcher, saint Jacques le Majeur tenant un bâton de pèlerin et une besace
où il glisse l'Evangile, saint André avec la croix sur laquelle il fut écartelé,
et toujours à la droite du Christ, saint Pierre portant une clef. De l'autre
côté de l'hémicycle, se succèdent saint Paul de Tarse avec l'épée de sa décapitation,
saint jean l'Evangéliste avec la coupe empoisonnée,
saint
Jacques le Mineur avec la batte à fouler le cuir utilisée par ses bourreaux,
saint Matthieu montrant les versets d'un livre ouvert, saint Philippe tenant
la croix sur laquelle il fut lié, saint Thomas, patron des architectes et
des maçons, dont la tradition assure qu'il aurait bâti un palais en Inde,
avec son équerre, saint Luc écrivant sur une tablette, accompagné d'un boeuf.
Mais ne serait-ce pas plutôt un bélier? S'agirait-il alors de saint Jean-Baptiste?
A moins que le sculpteur n'ait fait erreur sur l'animal... Après tout, l'erreur
est humaine! Ces frises ne se retrouvent, en France du moins, que dans le
Vexin français, avec une exception pour Semur-en-Auxois, en Bourgogne du nord,
sans la vigueur des motifs remarqués à Ennery et Epiais-Rhus.
Plusieurs
statues proviennent de la chapelle de Rhus. Une sainte, au doux visage auréolé
de cheveux blonds, tient de sa main gauche un livre ouvert. Est-ce sainte
Catherine, patronne des étudiants, des philosophes et des jeunes filles?
La
poutre de gloire est une traverse de bois engagée d'un pilier à l'autre de
l'arc triomphal à l'entrée du choeur. On y plaçait le Christ en croix, la
Vierge et saint Jean. Autrefois très répandues, les poutres de gloire ont
à peu près toutes disparu de nos églises. Dans le Vexin français, on en voit
deux autres: à Genainville et à Wy-dit-Joli-Village.
L'église d'Epiais-Rhus marque un jalon intéressant dans l'évolution
de l'architecture Renaissance vexinoise.
Dans
cette région, restée traditionaliste, la première moitié du XVIe siècle a
vu éclore un art nouveau dans lequel les architectes ont pu s'exprimer en
toute liberté. C'est à ce savoir-faire libre et élégant, à cet art Renaissance
parvenu à son apogée, que l'on doit le clocher d'Epiais-Rhus,
tout
comme l'ornementation à l'antique des chapiteaux ou le décor théâtral, très
italianisant, de la frise des apôtres et des évangélistes. Mais déjà, à mesure
que le siècle s'avance, la grâce de l'art Renaissance va peu à peu marquer
le pas devant un style plus sec, plus dépouillé, plus froid aussi, qui préfigure
le classicisme du XVIIe siècle. Notre-Dame d'Epiais-Rhus est l'oeuvre de maturité
de son architecte. La rigueur et la raison ont dicté ses choix: symétrie parfaite
des lignes et des volumes, simplicité extrême d'un ensemble architectural
d'où se dégage
une impression générale de solidité et de puissance... Ce qui fait écrire
en 1886, à l'historien Louis Régnier : "A première vue, on se croirait
en présence d'une église bâtie sous Louis XIV. On y sent, de la part de Nicolas
Lemercier, une rupture complète avec tout ce qui a été fait précédemment et
grande est la distance, par exemple, qui sépare le porche de Livilliers du
choeur d'Epiais. " Le classement de l'église d'Epiais-Rhus, proposé le
6 juillet 1911, a été décidé le 23 septembre de la même année. La cloche en
bronze qui date de 1759 sonne à nouveau l'Angelus chaque soir à 19 heures
comme autrefois (malheureusement, depuis que cet article a été écrit, l'angélus
ne fonctionne plus !).
Une internaute, férue de généalogie, Laetitia Filippi m'a communiqué la liste de tous les mariages (ou presque) célébrés à Epiais-Rhus de 1593 à 1796, un grand merci à elle pour son travail et sa volonté de le partager, voici la liste en question et n'hésitez à consulter son site, vous y trouverez d'autres informations intéressantes
Rhus disposait aussi d'une église mais, celle-ci étant en trop mauvais état, la municipalité ordonna sa démolition en 1928. La disparition complète de la chapelle fut achevée en 1945. Le cimetière qui entourait l'église a été transféré à la sortie du pays, sur la route d'Epiais en 1905.
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